"Primus aquisgranensis episcopus" 
                       ou "L'opiniâtre de Phaffans"


 

Ce tableau se trouve à Aix la Chapelle. Il est  signé : J.B. Scheuben - 1807. Le chapitre de la cathédrale a refusé jusqu'en 1930  de photographier ce tableau.  Berdolet porte la Croix de la Légion d'Honneur  dont le dossier se trouve, pour mémoire, à la cote 0185049 des Archives Nationales. On remarquera les Croix de Malte sur ses chaussures. Serait-ce le fait que l'évêque eut son siège à Soultz où se trouvait une Commanderie de l'Ordre de Malte ?

 

Marc Antoine Berdolet est issu d’une famille originaire de l’Aisne dont le grand-père François est un salpétrier venu s’installer à Colmar et qui décédera à Montreux-Vieux (Haut-Rhin) en 1716.

François eut deux fils, Antoine né en 1712, mort jeune et Jean Georges Michel né à Colmar le 9 avril 1714.

Jean Georges Michel, après ses études chez les jésuites de Porrentruy, fut maître d’école à Montreux-Vieux, à Rougemont-le- Château en 1739 puis à Delle en 1740. Il se maria en 1738 avec Marie Jeanne Patois (1696-1768) ; Quatre enfants naquirent de cette union : Marc Antoine le 13 septembre 1740 à Rougemont-le-Château, François Nicolas, Marthe Marguerite (1746) et Marie-Jeanne (1749). Jean Georges Michel décède à Phaffans le 24 novembre 1790. Cela laisse supposer qu’il vint vivre ses derniers jours avec son fils dans la maison curiale.

Marc Antoine fréquenta le collège de Porrentruy puis le séminaire de Besançon. Il devint surchantre de l’église Saint Anatole de Salins-les-Bains dans le Jura. Le 9 avril 1767 il dit sa première messe à Besançon.
Un abbé de Lucelle lui obtint la cure de Phaffans où il arrive avec sa soeur Marie Jeanne le 27 janvier 1770. Il la quittera en 1796. Jean Pierre Courtot, le prêtre réfractaire de Trétudans a fait fonction de vicaire à Phaffans sous l’autorité de Berdolet.

Le 6 février 1791, Berdolet prêta serment à la Constitution civile et celui à la Liberté-Égalité. Ses adversaires le nommèrent « l’opiniâtre de Phaffans ». Pendant l’affaire d’Hirsingue*, il est lui aussi incarcéré à la citadelle de Besançon du 28 juillet au 11 août 1794. Il finira par prêter serment le 11 Prairial an III (30 mai 1795). Berdolet devint membre du presbytère du Haut-Rhin (1795-1796) puis évêque constitutionnel.

Sa consécration eut lieu dans l’église des dominicains de Colmar le 15 août1796 par Maudru, évêque des Vosges, par Flavigny, évêque de Haute-Saône et Brendel évêque du Bas-Rhin. Il fixa sa résidence à Phaffans puis la transférera à Soultz qui devint alors le siège de l'évêché de 1798 à 1802.
Pour organiser et asseoir ses fonctions Berdolet tint deux synodes en 1797 et 1801. Démissionnaire, Bonaparte le nommera, par les termes du Concordat, le 29 avril 1802 évêque d'Aix-la-Chapelle. Cette nomination ne sera ratifiée par le Pape qu’en 1805 !

Cet évêché dépendait de l'archevêché de Mechlin et comprenait 79 paroisses de première classe et 754 de seconde classe. Pour la plus grande part, Berdolet laissa la gestion de son diocèse à son vicaire général Martin Wihelm Fonk.

Ce nouveau poste de Berdolet était très pénible, l'organisation de son diocèse lui coûtait beaucoup de travail et d'ennuis. Il était souvent contrarié dans ses bonnes intentions par son clergé. Sa qualité de Français attisait leur méfiance. Son patriotisme et ses mauvaises relations avec le Saint-Siège, surtout jusqu'en 1805 contribuèrent à augmenter la méfiance de son entourage proche, si bien que plusieurs de ses mandements ne furent pas respectés. Malgré cette situation délicate, sa bonté d'âme et sa douceur lui gagnèrent la sympathie de ses diocésains.

En 1804 Berdolet offrit à Napoléon le talisman de Charlemagne, cadeau du calife Haroun al Rachid. Ce bijou en or, émeraude, perles et saphirs contenant une épine de la vraie Croix, a été trouvé au cou de l'empereur quand il a été exhumé, en 1166. (Cet objet précieux est déposé depuis 1919 au palais du Tau à Reims). Par ce geste, il remerciait l'empereur d'avoir rendu à l'église d'Aix-la-Chapelle les reliques qui lui avaient été confisquées à la Révolution. Dans un article du 3 août 1906, le Frankfurter Zeitung raconte que l'Impératrice Joséphine vint à Aix-la-Chapelle « prendre les eaux ». Berdolet ne sut que faire pour lui plaire. Lorsqu'il lui fit visiter le trésor de la cathédrale, il lui fit présent à cette occasion de nombreuses reliques et de vieux objets d'art religieux. Parmi ces reliques figuraient les cheveux de la Vierge que Charlemagne portait toujours sur lui et un os du bras droit du vieil empereur. Le chapitre de la cathédrale tint longtemps secret ces cadeaux remis à Joséphine qui passèrent, par héritage, dans les mains d'Hortense, d'Eugène et de Napoléon III.

Dans une tournée de confirmation, en 1808, il passa à Cologne où il logea dans l'ancien séminaire. C'est là qu'il eut une hémorragie. Il se remit cependant, mais le 8 août 1809 une nouvelle attaque lui causa sa mort cinq jours plus tard. Berdolet décède le 13 août 1809. Son cœur fut scellé dans la cathédrale à droite de l'autel et enterré dans le cimetière d’ Adalbertsteinweg d'Aix-La-Chapelle. Il fut parmi les premiers à recevoir la Légion d’Honneur.

Son successeur, vicaire général de Meaux, n'était qu'administrateur et vicaire général du diocèse d'Aix-la-Chapelle. Au commencement de l'année 1814 il dut prendre la fuite et mourut à Paris peut après. Le siège épiscopal ne fut plus occupé, puis l'évêché fut supprimé.

Aix-La-Chapelle n’a jamais eu qu'un seul évêque, celui que Bonaparte avait nommé et que son épitaphe qualifie « primus aquisgranensis episcopus » (premier évêque d'Aix-la-Chapelle).

Signatures et document de Berdolet provenant du registre paroissial


 

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*Note sur l’affaire d’Hirsingue :

Les habitants de cette commune du Sundgau avaient organisé une procession et abattu l'arbre de la liberté (le site d'Hirsingue qui donne une autre version des faits). En guise de représailles, les représentants en mission, Hentz et Goujon, ordonnèrent l'incarcération et la déportation de tous les prêtres des deux départements rhénans le 22 juillet 1794. La plupart furent emprisonnés à Belfort, Besançon et Ribeauvillé. Le 28 juillet, l'exécution de Robespierre mit fin à cette première Terreuret le 21 février 1795, le culte catholique était de nouveau autorisé pour les prêtres en règle avec la loi.

Dans le registre clandestin qu'il tenait à la cure de Phaffans, Berdolet raconte son incarcération à la citadelle de Besançon à la suite de l'affaire d'Hirsingue :

« Arrivés là, tous furent fouillés et jetés enfin dans les prisons. Celles-ci n'ayant pu suffire pour les contenir tous, on fut obligé de remplir de prisonniers l'église de la citadelle. On était pèle-mêle avec la vermine, qui régnait surtout dans les salles de discipline.. On se trouvait à quinze ou seize réunis dans une chambre où il y avait d'ordinaire que quatre ou cinq lits.. On s'attendait journellement à être mitraillé. Le canon fut chargé à la mitraille sous les yeux des prêtres ; la mèche était continuellement allumée et un canonnier de faction était là, avec ordre de faire feu, pour peu qu'il entendît du bruit. Le quartier où l'on était renfermé, était investi de sentinelles, de douze pas en douze pas. »


Dans lequel, en 1999, on parle de nouveau de Berdolet.

Ancône privé du bijou de Charlemagne

La France a refusé de prêter le talisman

pour le millénaire de la basilique.

Par VINCENT NOCE

Le lundi 31 mai 1999

 

Pour célébrer le millénaire de sa basilique, Ancône a accueilli samedi le pape Jean Paul II, venu inaugurer la grande exposition d'art sacré, riche de 170 objets venus d'Europe et du Proche-Orient, organisée à cette occasion. La visite papale a été assombrie par un léger incident : le refus de la France de laisser venir à l'exposition ce qui en aurait été une pièce maîtresse, le talisman de Charlemagne. Ce bijou en or, émeraudes, perles et saphir a été trouvé au cou du squelette de l'empereur quand il a été exhumé, en 1166, au moment de sa canonisation. En forme d'ampoule, il contient une épine de la vraie Croix qui fut donnée à Charlemagne par le calife Haroun al-Rachid. L'évêque Marc Antoine Berdolet l'a offert à Napoléon en 1804 pour le remercier d'avoir rendu à l'église d'Aix-la-Chapelle les reliques qui lui avaient été enlevées à la Révolution. Le talisman fut gardé par Joséphine après son divorce puis passa à l'impératrice Eugénie, qui lui vouait un attachement superstitieux et refusa de s'en séparer, malgré les appels pressants de l'empereur Guillaume II qui aurait bien voulu le voir rejoindre le trésor de Charlemagne. En 1919, elle se laissa cependant convaincre de le donner à l'archevêque de Reims. Il se trouve aujourd'hui dans la capitale champenoise en dépôt au palais du Tau, avec le trésor de la cathédrale.

 

Le talisman appartient au diocèse, mais, comme il a été classé monument historique en 1962, il fallait l'autorisation de l'Etat pour le laisser quitter le territoire. Les refus de sortie pour une exposition temporaire sont cependant très rares. D'où la surprise des organisateurs d'Ancône quand ils se virent refuser par la direction du patrimoine la venue du talisman, plus d'une fois exposé hors de France, à Aix-la-Chapelle notamment.

 

L'abbé Jean Goy, conservateur des objets d'art du diocèse, ne cache pas qu'il « regrette énormément » le refus du prêt de cet objet « hautement symbolique ». Le spécialiste français Jacques Charles-Gaffiot, qui a collaboré à l'exposition, se dit d'autant plus «surpris» que l'administrateur du palais du Tau avait donné son assentiment. Certains parlent de stupides conflits d'autorité au sein de l'administration du patrimoine, d'autres vont jusqu'à évoquer un mauvais coup anticlérical. « L'Etat français n'est pas mécontent de rappeler son autorité sur un bien de l'Eglise », assure un des organisateurs de l'exposition, estimant que cet « incident donne raison aux diocèses qui préfèrent ne pas laisser classer leurs objets les plus précieux ». Les motifs avancés apparaissent en tout cas contradictoires.

 

Dans un premier temps, il fut répondu que l'exposition ne réunissait pas les garanties scientifiques, de sécurité et de sûreté de transport permettant le prêt d'un objet aussi considérable. Mais l'argument résistait mal à l'examen : avec l'aval d'autres inspecteurs du patrimoine, le calice et la patène de saint Gauzelin (éléments du trésor de la cathédrale de Nancy) ont bel et bien été prêtés - et assurés pour dix millions de francs. On allégua ensuite la «fragilité» du talisman.

 

Pour sa part, François Gossen, qui dirige les Monuments historiques à la direction du patrimoine, se défend de toute intention anticléricale : « C'est ridicule. Nous autorisons chaque mois la sortie de dizaines d'objets religieux pour des expositions. » Il souligne s'être appuyé sur l'avis défavorable de deux responsables de ses services, dont l'une, qui dirige le laboratoire de recherches aux Monuments historiques, aurait même suggéré une restauration du talisman tant celui-ci est abîmé. Or, cette explication non plus n'a pas été donnée dans la lettre officielle de refus, où il est simplement dit que le talisman ne résisterait pas au voyage en raison de « sa nature composite ». Argument guère plus convaincant : tous les reliquaires sont «de nature composite».

 


Victor Hugo l'a aussi évoqué.

 

Le Rhin

Lettres à un ami

Paris, 1841.

 

Lettre IX. - Aix-La-Chapelle. -Le tombeau de Charlemagne.

Aix-La-Chapelle, 6 août.<

 

[...] Quand Napoléon visita la chapelle, au monde que portait dans ses serres l'aigle d' Othon on ajouta la foudre que j'ai vue encore aujourd'hui fixée aux deux côtés du globe impérial. Le suisse dévisse ce tonnerre à la demande des curieux. Sur le dos de cet aigle, comme par un triste et ironique pressentiment, le sculpteur du dixième siècle avait étendu une chauve-souris d'airain à face humaine, qui est là comme clouée et sur laquelle s'appuie maintenant le livre du lutrin. À droite de l' autel est scellé le coeur de Marc Antoine Berdolet, premier et dernier évêque d' Aix-La-Chapelle. Car cette église n'a jamais eu qu'un  seul évêque, celui que Bonaparte avait nommé et que son épitaphe qualifie primus aquisgranensis episcopus . À présent, comme jadis, la chapelle est administrée par un chapitre que préside un doyen avec le titre de prévôt. Dans une salle sombre de la chapelle, le suisse m'a encore ouvert une armoire. Là est le sarcophage de Charlemagne. [...]

 

Voyez aussi la Monographie.

 

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