TENTATION
II y a longtemps Qu'il parcourait les villages, il le fera jusqu'au dernier jour de sa renommée. La main noueuse solidement posée sur sa canne Notre ancien..musait. De la Baroche, il en connaissait tous les sentiers, tous les raccourcis; Avec adresse, la pointe de sa canne piquait une feuille sèche, trop engluée de boue pour en reconnaître l'essence, la posant plus loin, il attrapait ça et là, une brindille, une racine, un insecte aplati sans couleur, sans antenne et sans nom, le scrutant de près il espérait lui redonner une identité.. qu'il ne trouvait pas.
IL avait le mollet vigoureux mais le coeur paresseux, pas de Lolita ! pour lui gâcher la vie, lui prendre son temps, lui émouvoir la peau. Ainsi que pendule régulière, il vivait sans secousse, sans heurt, sans amour. Ce jour-là tout allait autrement, tout de travers, jour de malfaçon ! Au bout de sa canne, il trouva une pêche, pêche sans pécher, aucun arbre fruitier dans les environs, Qui donc l'a perdue ? Est-ce le vent narquois qui l'a projetée ? Le fruit est intact, il a envie d'y porter la dent, la bouche salive.. Mais il entend un rire fou, un rire frais, un rire moqueur, venant de plus haut. Son oreille agacée lui refuse un prénom, Alors notre ancien Se servant de sa canne tel un golfeur d'un coup magistral envoya le fruit s'écraser contre un arbre. - « Petite chipie, ta pêche, tu te la gardes ! »
Jacqueline Lazarre - 2008 |