Extrait du journal "L'ALSACE" du 7 Septembre 1920

Dimanche 5 Septembre, toute la Paroisse de Phaffans, dite de la Baroche, composée des communes de Denney, Phaffans, Eguenigue, Menoncourt, Lacollonge et Roppe était en fête : la Commune de Phaffans, spécialement, présentait une agitation extraordinaire, toutes les maisons situées sur les principales artères, notamment sur la place publique étaient pavoisées aux couleurs tricolores.

Dès neuf heures du matin, les Municipalités ainsi que les habitants des communes intéressées arrivaient en masse au chef-lieu de la Paroisse, où une double fête les attendait. Il s'agissait en effet d'inaugurer :
Un monument en forme d'applique érigé dans l'Église même à la mémoire des Enfants de la paroisse morts pour la France.

Un monument élevé sur la place publique par la Municipalité de Phaffans, à la mémoire des enfants de ce village, morts au champ d'honneur.

C'est pendant la grand-messe, à 10 heures du matin, qu'eurent lieu l'inauguration et la bénédiction du monument de l'église tout pavoisé de drapeaux. Vu la grande affluence, des places avaient été réservées aux familles des 46 défunts de la paroisse, puis aux municipalités des six communes de la Baroche.
Cette applique est installée à quelques pas de l'autel Saint-Blaise, sépulture des seigneurs de Reinach-Roppe.

Du haut de la chaire, dans un langage très élevé, empreint du plus pur patriotisme, Monsieur le Curé de Phaffans a évoqué le souvenir des glorieux morts ; c'est la fête du souvenir, dit-il. "Avoir les noms gravés sur la pierre, c'est bien, mais il faut qu'ils restent gravés dans les cœurs". Puis, il fait l'appel de chacun des morts, auquel il est répondu pour chacun d'eux "Mort au champ d'honneur".

Après la messe, toute l'assistance, prêtre en tête, part en procession autour du monument civil devant lequel on récite le "de profundis", puis la cérémonie civile commence. Le premier discours fut prononcé par Monsieur DRAVIGNE, Curé de la Paroisse, qui s'exprima ainsi :

"Mesdames, Messieurs,

Devant ce monument érigé en l'honneur de nos soldats morts pour la Patrie, je suis heureux de saluer les autorités civiles et militaires et les remercier d'être venues donner une marque de sympathie à ceux que nous pleurons.

Fasse le Ciel que ce monument soit l'emblème de l'union sacrée définitive. Que ce monument soit comme l'arbre de 1848 planté par le Maire et béni par le Curé H l'arbre de la Liberté, liberté de conscience, liberté d'opinions.

Ces chers soldats sont morts pour sauver nos libertés, mais elles ne peuvent subsister que par les principes qui font l'ordre et la morale et par l'union qui fait la force.

Ces chers enfants sont morts pour nous délivrer de la barbarie des allemands, mais hélas ! il y a encore des barbares qui nous menacent ; que les bolcheviks avec leur morale à rebours ne prennent jamais pied dans notre chère France pour la diviser, la dévaster et répandre le sang comme ils font en Russie.

Que tous les Français luttent contre l'égoïsme et se livrent hardiment au travail selon leur profession respective comme le font ici nos populations agricoles.

Que tous, nous comprenions que les principes d'union vraie se trouvent dans l'évangile : "Tu aimeras Dieu par-dessus toute chose et tu aimeras ton prochain comme toi-même".

C'est alors que notre pays deviendra cette belle et douce France, le patrimoine de nos gloires, de nos croyances et de nos amours, ce pays bien-aimé pour lequel un million cinq cent mille hommes viennent de verser leur sang.

Chère France ! Vous qui avez toujours été le foyer de l'apostolat de toutes les grandes causes, nous vous aimons de tout notre cœur et nous jurons que, jusqu'à la mort, comme ces braves, nous travaillerons à faire triompher les principes qui feront une France unie, prospère, glorifiée, chrétienne.

Vive la France ! Vivent en Dieu nos soldats morts pour elle !".

Hélas ! Mes chers compatriotes, pendant les cinq années d'hostilités, les cloches de notre vieille église sonnèrent huit fois le glas funèbre pour annoncer la mort de ces braves tombés au champ d'honneur. Après la démobilisation, huit d'entre eux ne sont pas revenus dans leurs foyers. Oh ! Ils n'avaient pas déserté devant l'ennemi, ils n'avaient pas fui le danger, les huit étaient morts pour la France.

Sur cette plaque commémorative, les générations présentes et futures liront leurs noms glorieux qui sont, dans l'ordre chronologique :

  • SIMONIN Louis, blessé mortellement à Vie-sur-Aisne, mort pour la France le 20 Septembre 1914.
  • FAIVRE Léon, blessé mortellement au bois d'Apremont, mort pour la France à Neufchâteau le 3 Octobre 1914.
  • FLEURY Paul, disparu à Marcheville, le 13 Avril 1915, mort pour la France.
  • PONCE Alphonse, sergent, disparu à la ferme de Navarin le 27 Février 1916, mort pour la France.
  • PONCE Pierre, frère du précédent, médaillé militaire, croix de guerre avec palme, cité à l'ordre de son régiment en ces termes : "jeune soldat de la classe 1916, qui s'est fait remarquer par son courage a été grièvement blessé au cours d'un bombardement le 16 Juin 1916. Mort pour la France à Cosne le 21 Août 1916."
  • CAYOT Alphonse, Sergent, médaillé militaire, Croix de Guerre avec étoile de bronze, avec cette citation : Blessé mortellement à son poste de combat au bois Labbé (Somme) le 20 Septembre 1916, mort pour la France à Cerizy-Guilly le 4 Octobre 1916.
  • MONNIER Pierre, Sergent, Croix de Guerre, a été cité à l'ordre de la division le 27 décembre 1916 en ces termes : "Très bon chef de pièces, belle attitude au feu. Au cours d'un violent bombardement le 6 Octobre 1916, ayant vu sa pièce ensevelie, est parvenue à la dégager après plusieurs heures de travail". Mort pour la France au Bois de Mongival (Somme) le 5 Avril 1918.
  • SEGUIN Paul, cité le 12 Novembre 1918 à l'ordre de sa division en ces termes : "Sapeur d'un calme et d'un dévouement au-dessus de tout éloge. Pendant les dures journées du 16 au 24 Octobre 1918 à Vouziers a assuré avec sang-froid et précision la transmission des ordres sur le terrain violemment battu. A dirigé personnellement avec une bravoure superbe une reconnaissance pour déterminer le tracé d'une partie de la ligne ennemie. A rapporté des renseignements précieux. A été blessé le lendemain au cours d'une contre-attaque de l'ennemi en faisant courageusement son devoir et en défendant pied à pied avec l'infanterie la tête de pont que l'ennemi cherchait à nous enlever". Mort pour la France à l'hôpital militaire de Mulhouse le 7 Juillet 1919.

Je m'inclinerai bien respectueusement devant leurs familles en deuil et je leur dis : "Pères, mères, épouses, enfants, frères et sœurs et autres parents de ces braves, essuyez vos yeux, séchez vos larmes ; vos chers disparus sont tombés pour la plus noble cause, pour la Patrie et l'Humanité. Ils ont contribué à reporter les bornes de notre frontière à leur place naturelle. Ils ont lavé de leur sang, la tâche de 1870 et terrassé le monstre allemand. Honneur à eux ! Honneur à vous !

Pour perpétuer leurs noms et leur montrer sa reconnaissance, le Conseil Municipal de Phaffans, renforcé de ses membres démobilisés, dans sa réunion du 9 Février 1919, décida avec l'assentiment général des habitants, d'élever ce modeste monument en leur mémoire. Je le confie à la garde des jeunes générations qui y trouveront de beaux exemples de patriotisme».

Puis devant ce beau monument en Porphyre qui fait gloire à ceux qui l'ont conçu, Monsieur le Maire de Phaffans prononce le discours officiel qui est accueilli par des applaudissements de l'assemblée. Après lui, c'est le tour du Sénateur, puis de Monsieur le Préfet, puis de Monsieur MIELLET et enfin de Monsieur LAIGUT. Tous ces discours ont eu pour but l'union sacrée et ont été vivement applaudis.

La cérémonie se termine par la sonnerie "Aux Champs" que tout le monde écoute avec recueillement, puis la foule se disperse en commentant agréablement les phases de cette patriotique manifestation.

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