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Lointains souvenirs
Le vieux chemin du nord, derrière la colline, Serpente au bord du bois, abrité du soleil : C'est un endroit désert d'où le regard domine Un horizon bleuâtre et vaste, aux mers pareil.
Là-bas... là-bas...ce sont les Vosges solennelles; Plus loin encor, les monts d'Alsace, vaporeux : Pour aller vers la plaine, on prend des sentiers creux Où la mûre noircit à côté des prunelles.
Ah ! Que de fois, tout seul, sur le chemin du nord, Dans des terrains marneux, mordus par les ornières, Je rêvais, à cette heure où le soleil s'endort Baignant le ciel brouillé de ses pourpres dernières !...
L'obscurité paisible emplissait les forêts. Les oiseaux se taisaient déjà dans l'ombre grise, Et frileux, je tremblais par moment sous la brise, Haleine de l'automne aux soirs brumeux et frais.
Sur les routes, parmi d'anciennes fondrières, Des chariots grinçaient, cahotants et lointains, Et de lents Angélus, aux tintements éteints, Vibraient, mystérieux ainsi que des prières; |
Les pieds trempés de boue et les yeux attentifs, Je m'arrêtais, dompté par le calme des choses, Trouvant un charme exquis dans ces brouillards moroses Et des rêves de paix dans ces clochers plaintifs ;
Et quand sur ce pays divinement sauvage, La nuit s'épaississait, absorbant les contours, Je reprenais pensif le sentier du village, Entre les bois obscurs et de vagues labours.
Après la libre course en pleins champs, en plein rêve, Qu'il est doux de rentrer en automne, le soir !... Les vitres des maisons luisent, Vénus se lève, Et les bœufs, en meuglant, marchent vers l'abreuvoir.
Des claquements de fouets, des grincements de roue Se mêlent sur la route à des jurons patois, Et là-haut, la fumée où la brise se joue Tord ses moutonnements au-dessus des vieux toits;
Pour la soupe du soir on allume les poêles : Leurs gueules, scintillants points d'or, charment les yeux ; A travers les carreaux leurs rougeoiements joyeux Naissent comme un essaim de terrestres étoiles !
L'air est plein de l’odeur des vaches et des bœufs, La nuit prête un mystère et des formes lointaines Aux groupes ébauchés dans les chemins bourbeux... Et l’on entend chanter d'invisibles fontaines!... |